[Marie Claire Korea] Acteur, Jang Ki-yong
- 산드린 France

- 24 sept. 2019
- 8 min de lecture
Jang Ki-yong s’est accroché, sans calculer, en s’y jetant entièrement. Cette soif et cette sincérité sont en train de faire de lui un acteur.





Le film <나쁜 녀석들: 더 무비> (The Bad Guys: Reign of Chaos / Bad Guys: The Movie) sort aujourd’hui. Comme c’est votre première sortie cinéma, j’imagine que vous avez dû ressentir quelque chose de particulier.
C’était étrange. Quand on est enfant, on va au cinéma et, quand on voit des gens sur cet immense écran, ils paraissent incroyables, presque comme des dieux, non ? Je pensais que seuls des gens “immenses” pouvaient apparaître dans un film. Le fait d’être monté à Séoul, d’avoir commencé comme mannequin, de tourner des dramas… et d’en arriver à participer à un film, le fait que je sois sur cet écran… c’est à la fois fascinant et étrange.
Quand vous vous êtes vu sur ce grand écran, qu’est-ce que ça vous a fait ?
C’était un peu bizarre. C’était fascinant, et en même temps je me suis senti un peu fier, comme en me disant : « J’ai atteint mon objectif. » Je suis né à Ulsan, je suis venu à Séoul en tant que “fils d’Ulsan”… (rires) Je crois que c’était un sentiment très mélangé, assez complexe.
Vous n’aviez tourné que des dramas jusqu’ici, et cette fois vous avez vécu un tournage “spécial”, celui d’un film. En tant qu’acteur, vous avez dû y trouver un nouveau plaisir.
Dans un drama, on peut vérifier ensuite à la télévision ce qu’on a joué, tenir compte des réactions des spectateurs et ajuster son jeu au fur et à mesure. Alors qu’au cinéma, on passe par un montage “sur le moment”, sur le plateau : le réalisateur, les seniors et moi, on échange en temps réel, on se renvoie des idées sur le jeu, scène après scène, instant après instant, et je trouve ça différent. On se dit : « Si on fait cette scène comme ça, ça produit telle sensation… et la prochaine fois, on essaie de cette manière ? » On communique ainsi, on affine les détails, et ça m’a énormément aidé. Et quand il y avait une scène drôle, on la regardait ensemble au monitoring en rigolant “kikikiki” (rires). Je crois que l’ambiance et l’énergie du plateau m’ont rendu un peu plus à l’aise et ont allégé la pression. Comme on avait une marge de temps pour discuter, j’ai pu m’adapter rapidement. Maintenant, je me dis aussi : « Ah… j’aurais dû profiter encore plus du plateau. » Mais j’ai appris énormément, en comprenant : « Donc, un film, c’est comme ça.»


Le personnage de “Go Yoo-seong” est un rôle qui n’existait pas dans l’œuvre originale. En l’interprétant pour la première fois, vous avez sûrement beaucoup réfléchi à la manière de l’aborder et de le faire évoluer.
Go Yoo-seong est un ancien policier, un élite issu d’une famille de policiers, quelqu’un qui a vécu droitement… et qui finit par entrer en prison. Pour lui, le simple fait d’être en prison n’a aucun sens. Être dans le même espace que des agresseurs sexuels ou des meurtriers, c’est inacceptable. Et cette colère finit par se transformer en une sorte d’acharnement, de “rage tenace”, je pense. Donc je me suis dit : ce n’est pas parce que c’est un personnage “tenace” qu’il faut mettre de la force partout et surjouer. Et surtout, comme c’était un personnage ajouté, ce qui m’a le plus préoccupé, c’était qu’auprès des membres de l’œuvre originale, on ait l’air d’une vraie équipe. Pour que moi, et le public aussi, en regardant, on puisse se dire : « Ah, oui, là on dirait vraiment des ‘Bad Guys’… même si c’est un nouveau, ils ressemblent vraiment à une équipe. » J’ai préparé mon jeu en mettant l’accent sur ce point.
Vous avez suivi deux mois d’entraînement d’action très intensif. Vous aviez déjà fait de l’action en drama, mais au cinéma, vous avez dû passer un cap.
Comme c’est un film, on peut travailler les mouvements de façon plus fine, plus détaillée. Et comme le personnage a une personnalité plutôt fonceuse, je me suis dit que ce n’est pas parce que c’était mon premier film que je devais montrer une attitude timide. J’ai essayé de foncer, selon le tempérament du personnage. Un ou deux mois avant le tournage, je suis allé à la Seoul Action School, j’ai travaillé les enchaînements avec le coordinateur d’action, je filmais les répétitions sur mon téléphone, puis je rentrais chez moi et j’étudiais… et je recommençais. Je voulais vraiment réussir. Dans un film, je suis un “nouveau”, mais je voulais entendre : « Jang Ki-yong, c’est son premier film… mais pour un premier film, il se débrouille pas mal, non ? » J’avais envie d’entendre ça.
On ne peut pas ne pas parler du drama <검색어를 입력하세요 WWW> (Search: WWW), qui vient de se terminer. Le drama a créé une base solide de fans et a été très aimé. En tant qu’acteur, cette réaction a dû être nouvelle et plaisante.
Park Mo-geon dans <검색어를 입력하세요 WWW> (Search: WWW) — qu’on appelle souvent <검블유> (surnom coréen de Search: WWW) — c’était une facette que je montrais pour la première fois. Le fait de sourire, ma manière de parler… c’est ce qui se rapproche le plus de ce que je suis vraiment. Pour moi, à chaque œuvre, ce qui me fait commencer à jouer, c’est la curiosité et l’excitation de me demander : « Comment la première impression que j’ai eue en lisant le scénario va-t-elle se transposer dans l’œuvre ? Et moi, jusqu’où est-ce que je peux l’absorber, le digérer, et l’exprimer ? »
C’est pour ça qu’après <고백부부> (Go Back Couple), j’ai choisi un personnage rude dans <나의 아저씨> (My Mister). Et <검색어를 입력하세요 WWW> (Search: WWW), c’est pareil. Comme c’était la première fois que je montrais cette facette au grand public, j’étais inquiet aussi. Mais chaque ligne de dialogue de Park Mo-geon est une si belle écriture… Alors même s’il y a des points regrettables, des choses insuffisantes, en tant que jeune acteur qui n’a pas commencé il y a si longtemps, si le public s’est dit : « Ah, donc l’acteur Jang Ki-yong peut faire ça aussi », alors pour moi, c’est déjà suffisant. Dans ce sens, <검블유> (Search: WWW) est une œuvre pour laquelle je suis reconnaissant : c’est un projet qui a reçu un autre type d’amour du public.
Vous avez commencé comme mannequin, puis vous en êtes venu à réfléchir sérieusement au jeu d’acteur : y a-t-il eu un “déclencheur” ?
Plutôt que d’y avoir réfléchi sérieusement dès le début, je suis monté à Séoul parce que je voulais vraiment devenir mannequin. J’éprouvais une forme d’euphorie à me tenir devant la caméra, à porter de beaux vêtements, à prendre la pose. Et pendant cinq ans, j’ai simplement fait de mon mieux, en y prenant plaisir, et j’ai pu me faire connaître comme “mannequin Jang Ki-yong”. Puis, à un moment, on m’a proposé de tourner dans un clip, et ensuite une opportunité d’audition pour un drama est arrivée. La première fois que j’ai passé une audition d’acteur, j’étais tellement nerveux… et puis, à chaque fois, ça ne marchait pas. À chaque fois, je ratais. Je me faisais recaler. Tout le temps. Ça m’a donné une sorte de fierté, un esprit de défi. À force d’échecs, je me suis dit : « D’accord, essayons sérieusement. Je veux vraiment le faire correctement. » Ce sentiment a grandi.
Vous avez commencé par esprit de défi, mais aujourd’hui, quelque chose de plus grand que le simple défi doit vous donner envie de bien jouer.
Que ce soit <고백부부> (Go Back Couple) ou <나의 아저씨> (My Mister), ces œuvres ont reçu beaucoup d’amour, mais de mon point de vue, je crois que j’ai toujours eu des regrets d’un projet à l’autre. Des regrets, petits ou grands : « J’aurais dû mieux faire à ce moment-là, pourquoi je n’ai pas fait comme ça ? » J’ai l’impression que ces regrets sont une force qui me pousse à travailler davantage. L’envie de corriger en étant plus sérieux, d’améliorer, de me dire : « Dans le prochain projet, je dois faire mieux. » Je crois que c’est ça, aujourd’hui, ce qui me “fait brûler”. (rires)
Avant de commencer à jouer, et après avoir commencé : quelle est la plus grande différence chez Jang Ki-yong ?
Je crois que ma nature a un peu changé. Quand j’étais plus jeune, j’étais extrêmement timide et réservé. Parler devant les gens, ou sentir les regards braqués sur moi quand je parle, ça me faisait peur. Mais en exerçant progressivement un métier où je travaille devant les gens, je crois que je suis devenu plus actif, plus ouvert qu’avant. Maintenant, j’essaie même d’aller vers les autres en premier. J’ai l’impression que je m’ouvre, petit à petit.
Comme le métier d’acteur vous amène, sur chaque plateau, à rencontrer de nouvelles personnes et à travailler en harmonie avec elles, ça peut forcément influencer ces changements.
Oui. Même là, le fait de parler avec vous, journaliste : avant, j’aurais à peine réussi à dire bonjour, avec une voix minuscule, presque en mode “mute”. (rires) Le fait que ce soit devenu naturel, de se rencontrer, de s’asseoir face à face tout de suite, de se regarder dans les yeux et d’interviewer… c’est aussi un changement venu avec le métier d’acteur.
En dépassant votre timidité, qu’est-ce qui, chez “l’humain Jang Ki-yong”, vous a aidé à venir jusqu’ici ?
Je crois que ça m’a aidé de considérer comme précieuse la moindre opportunité, et de m’y accrocher en me demandant : « Comment est-ce que je peux la saisir mieux, en faire quelque chose à moi ? » Quand je travaillais comme mannequin, la première année, je n’avais pas de travail. Puis une opportunité est arrivée : apparaître en petit dans un magazine. Pour d’autres mannequins, ou pour des amis qui vivent à Séoul, c’est peut-être un travail courant… mais pour moi, parce que c’était moi, c’était un shooting infiniment précieux et je le vivais avec une gratitude immense. J’avais la conviction que si je saisissais cette chance “à ma façon”, avec mes couleurs, alors une chance plus grande viendrait ensuite. Et quand l’opportunité du drama est arrivée, je crois que je n’ai pas traîné, je ne suis pas resté dans l’à-peu-près : je m’y suis accroché totalement. Je pense que c’est ce qui m’a donné la force d’avancer jusqu’ici.
L’an dernier et cette année, vous avez été particulièrement occupé. Comment l’année 2019 restera-t-elle dans la mémoire de “l’acteur Jang Ki-yong” ?
En réalité, le fait qu’on m’appelle “acteur Jang Ki-yong”, c’est assez récent. Jusqu’à l’an dernier, lors des interviews, je disais de moi-même : « Je suis le mannequin Jang Ki-yong. » Et même prononcer “acteur Jang Ki-yong” de ma propre bouche me semblait gênant : « Est-ce que j’ai le droit de dire ça ? » C’était comme… (il mime) “grattage-grattage” entre parenthèses. (rires) J’étais embarrassé, et je n’étais pas encore prêt mentalement, donc ça ne sortait pas naturellement à voix haute. Mais cette année, en passant par <나의 아저씨> (My Mister) au début de l’année, les gens autour de moi ont commencé à m’appeler souvent “acteur Jang Ki-yong”. À partir de maintenant, à chaque œuvre, une œuvre après l’autre, j’aimerais que, pour le public aussi, ce soit naturel de me voir comme “acteur Jang Ki-yong”. Et si, en entendant “acteur Jang Ki-yong”, les gens se disent : « Ah, ce type… je l’ai vu dans telle œuvre, il jouait bien… j’ai envie de voir son prochain projet », alors il n’y aurait rien de mieux. En 2019, j’ai travaillé avec assiduité, alors j’aimerais porter cette énergie en 2020 aussi, et m’approcher du public de manière plus familière, plus naturelle, en tant qu’acteur Jang Ki-yong.
BIFF (Festival international du film de Busan) – Jang Ki-yong
photography KIM YEONG JUN
hair Lee Hye-young
styling Yoon Seul-gi
makeup Ryu Hyun-jung
Marie Claire – Édition spéciale BIFF 2019

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