DAZED (novembre 2021) – Interview : Song Hye-kyo & Jang Ki-yong. Now, We Are Breaking Up
- 산드린 France

- 12 nov. 2021
- 7 min de lecture
Dazed Korea 12/11/2021 + traduction édition imprimée par Sorae
Plus la vie est explorée avec intensité, plus le drama se colore d’une intimité particulière.
Nous regardons en face les différentes facettes de l’amour et de la séparation : les scènes que nous avons créées, l’écran — ou la page — qui les reflète.
Song Hye-kyo et Jang Ki-yong, Fendi, et DAZED.
Et nous qui avons décidé d’aimer sommes peut-être… en train de nous séparer, maintenant.
Interview (traduction intégrale)
Le drama “Now, We Are Breaking Up” est une œuvre dont on ne peut pas écarter le mot-clé “mode”.
Song Hye-kyo :
On ne peut pas parler de Now, We Are Breaking Up sans le mot-clé “mode”. Et c’est aussi pour ça que la rencontre entre DAZED et Fendi n’a rien d’étrange.
J’aime beaucoup les sacs Fendi. Les vêtements sont très beaux, et plus on les regarde, plus on se dit qu’il y a des tenues qui prennent vraiment toute leur ampleur sur un modèle très grand (rires). Mais une veste en cuir, un manteau, ou même un pull : tout est vraiment magnifique.
J’aime les styles simples qu’on peut associer facilement avec un jean, et Fendi joue très bien ce rôle. Même un sac Fendi porté avec une tenue de jogging peut avoir beaucoup d’allure.
Les vêtements que Ki-yong portait étaient eux aussi superbes : il y avait des motifs qu’on ne voit que chez Fendi, des tonalités très particulières… et beaucoup de looks intéressants à montrer en photo. Ça correspondait très bien à l’univers de notre drama et au concept de ce shooting.
Dans la série, Young-eun (Song Hye-kyo) est cheffe d’équipe design d’une grande maison coréenne, et Jae-guk (Jang Ki-yong) est photographe de mode.
Song Hye-kyo :
Young-eun est une personne réaliste, une femme de la fin de la trentaine. Elle a déjà connu la douleur de l’amour. Elle n’a pas envie de revivre cette douleur, ni de gaspiller son temps et ses émotions. Elle pense qu’il vaut mieux consacrer son énergie à son travail et avancer.
Jang Ki-yong :
Moi, j’ai commencé ma carrière comme mannequin. J’étais toujours du côté de celui qui reçoit la lumière et se fait photographier… et puis je me suis retrouvé dans la position inverse, celle de celui qui doit prendre les photos. C’était nouveau.
Mais je crois que j’aime autant être photographié que photographier. J’ai l’impression d’aimer autant devenir un sujet que capter et raconter quelque chose avec l’appareil.
Quel type de personnes sont Young-eun et Jae-guk, dans leur carrière et dans leur manière de mener leur vie ?
Song Hye-kyo :
Young-eun protège son professionnalisme : elle ne se laisse pas balayer par des émotions privées, elle vit librement, et même quand l’amour revient vers elle, elle sait juger avec lucidité et penser de façon saine.
En l’interprétant, j’ai parfois eu l’impression d’apprendre d’elle. Pour le dire simplement, moi je suis plutôt du genre à être facilement emportée par mes émotions. Mais à travers Young-eun, je me suis dit qu’on pouvait être réaliste, juger intelligemment, sans blesser les autres, et les guider vers une bonne direction.
Jang Ki-yong :
Jae-guk aussi est quelqu’un de très libre. C’est un photographe freelance qui a vécu longtemps à Paris avant de rentrer en Corée. Il déborde d’énergie et de confiance, dans le travail comme dans l’amour. Il est franc, et souvent même très mûr.
Comme c’était un personnage très différent de ceux que j’avais joués jusque-là, je me suis posé beaucoup de questions et j’ai eu beaucoup de préoccupations.

On écrit “séparation” et on lit “amour”. Ce drama parle d’amour, mais il parle aussi de séparation. Donc, au fond, vous êtes “en train de vous séparer”, n’est-ce pas ?
Song Hye-kyo :
Si j’entre trop dans les détails, ça peut devenir un spoiler, donc je vais rester prudente.
Leur amour, pour le dire simplement, c’est un amour qui ne voit que l’autre, qui ne regarde que l’autre. Mais la réalité, c’est la réalité. Même s’ils se disent que l’autre est le plus important, ils se heurtent forcément à différentes situations autour d’eux.
Et, à l’intérieur de tout ça, ils essaient chacun, à leur manière, d’être adultes et lucides, et d’affronter la réalité avec intelligence.
Jang Ki-yong :
Si Young-eun est “réaliste”, Jae-guk est plus direct : « Je t’aime. Qu’est-ce qui pose problème ? Il suffit qu’on se regarde nous deux, qu’on se concentre sur nous deux. Pourquoi se soucier du reste ? »
Mais dans la réalité, ils se heurtent à des orientations différentes, et plus ils s’aiment, plus ils se retrouvent parfois à avancer dans des directions opposées.
Jusqu’ici, Song Hye-kyo a souvent incarné des mélodrames où une part de fantaisie restait vivante, comme un conte. Mais Now, We Are Breaking Up est un mélodrame très réaliste, un mélodrame de notre époque, et je pense que beaucoup de gens pourront s’y reconnaître.
Qu’est-ce qui a été particulier dans le fait de traiter le thème de la “mode” ? Il fallait montrer le système de l’entreprise de mode, et rendre crédibles les shootings de mode.
Song Hye-kyo :
En tant qu’actrice, le monde de la mode n’est pas si éloigné. Je suis même assez proche de cet univers.
Mais expérimenter, même indirectement, ce qui se passe dans une entreprise qui conçoit réellement des vêtements m’a surprise. C’est intense, étourdissant, et on comprend que chaque seconde compte, que tout se joue à la seconde près.
Je pense que les spectateurs aussi pourront regarder avec curiosité ce qui se passe “jusqu’au moment où nos vêtements arrivent dans le monde”. Pour moi, c’était vraiment intéressant à jouer.
Jang Ki-yong :
Plutôt que de prendre un photographe de mode précis comme référence, je me suis demandé comment faire ressortir ma propre singularité et mon propre style : un regard, un geste quand on tient l’appareil…
En tant que photographe libre qu’est Yoon Jae-guk, comment ne pas avoir l’air maladroit ? Je me suis beaucoup posé la question.
Et même si la mode est un mot-clé, l’histoire contient aussi beaucoup d’autres thèmes : l’amitié entre femmes, l’amour des parents et de la famille… C’est une histoire dans laquelle beaucoup de gens, de la jeune génération jusqu’à celle de nos parents, pourront se reconnaître.
Beaucoup de gens attendent ce que vont “dessiner ensemble” Young-eun et Jae-guk, Song Hye-kyo et Jang Ki-yong. L’intérêt a encore augmenté depuis la révélation de la couverture DAZED. Comment était l’énergie sur le plateau ?
Jang Ki-yong :
Travailler avec Song Hye-kyo… comment dire… c’était comme un objectif très lointain.
Le fait que l’image qu’on n’avait qu’en tête devienne réalité, déjà dès la réunion du drama, me paraissait incroyable. Je n’avais qu’une pensée : il fallait que je sois bon.
Quand nous étions ensemble, je souhaitais qu’on se voie pleinement comme Ha Young-eun et Yoon Jae-guk, pas comme une senior et un junior.
Comme elle a eu énormément d’égards pour moi, nous accorder n’a pas été difficile. Elle est exactement comme elle apparaît : pure, lumineuse, et aussi très joyeuse.
Pendant le tournage, elle a suivi jusqu’au bout — et très bien — même mes propositions. À chaque scène, elle donnait tout, et quand il y avait quelque chose qu’elle ne comprenait pas seule, elle posait des questions.
C’est quelqu’un de mûr : demander de l’aide ou poser une question ne blesse pas son ego. Du coup, moi aussi, j’ai pu aider sans difficulté. Je me suis dit que Ki-yong serait aimé partout où il irait.

En vous écoutant, on a l’impression que vous vous êtes rencontrés au bon moment, dans un projet parfaitement adapté. Le fait que ce soit la nouvelle œuvre de la scénariste Je-in (après “Misty”) a aussi renforcé les attentes.
Song Hye-kyo :
Mon œuvre précédente, Encounter, était déjà un mélodrame, donc cette fois, j’ai essayé d’éviter le mélodrame.
Mais plus on avançait, plus la question du “temps qui passe” devenait importante. Et puis, personnellement, j’aime les œuvres de la scénariste Je-in, donc ça a éveillé mon intérêt.
Le scénario était vraiment intéressant, et j’ai fini par décider que je devais le faire.
Jang Ki-yong :
Moi aussi, dès la première rencontre, j’ai eu un bon pressentiment. La scénariste Je-in semblait vraiment m’apprécier, et à chaque fois que je terminais un épisode, j’attendais le suivant en me demandant quelle émotion viendrait.
Je la remercie sincèrement d’avoir créé un personnage comme Yoon Jae-guk.
Y a-t-il un spectateur qui n’aurait pas, ne serait-ce qu’une fois, été captivé par un mélodrame de Song Hye-kyo ? Mais du point de vue de l’actrice, vous pensez que, d’un projet à l’autre, la sensibilité change.
Song Hye-kyo :
En tant qu’actrice, et en tant que femme, à mesure que je vis, que j’accumule des expériences et que j’étudie, je pense que mon spectre d’expression change un peu selon les périodes de la vie.
C’est pour ça que, pour le mélodrame d’une Song Hye-kyo dans la quarantaine, il y avait une attente ou une forme d’auto-suggestion (rires) : que ce serait différent de celui de la trentaine.
Mais une fois le drama terminé, je n’ai aucun regret. Quoi qu’on dise, à ce moment de ma vie, je pense avoir vraiment bien fait de choisir Now, We Are Breaking Up.
Pour les spectateurs et fans qui ont été immergés dans les mélodrames de Song Hye-kyo depuis les années 2000… comment son expression a-t-elle changé ?
Song Hye-kyo :
Quand je joue, je suis tellement immergée que je ne peux pas savoir exactement comment j’ai exprimé quoi. Mais les partenaires avec qui je jouais m’en ont beaucoup parlé.
Pour exprimer une scène vraiment douloureuse, j’ai l’impression que le point où ça “se serre” dans la poitrine n’est plus le même qu’à vingt ou trente ans.
Si j’imaginais des niveaux de tristesse de 1 à 5 : autrefois, je ne percevais la tristesse qu’au niveau 1, mais en vieillissant, avec l’expérience, c’est comme si une émotion de niveau 4 venait désormais secouer mon cœur.
Une tristesse qu’on ne connaissait pas quand on était jeune devient, avec le temps, quelque chose qu’on ressent clairement.
Pour un acteur, “jouer” n’est peut-être pas juste un acte, mais une décision solennelle. Comment avez-vous vécu votre jeu dans ce drama ?
Jang Ki-yong :
Ce projet avait une sensation un peu différente de ceux que j’ai faits jusque-là. J’ai d’habitude besoin de temps pour me fondre totalement dans un tournage, mais cette fois, la tension était moins forte.
La chaleur et le soutien du réalisateur Lee Gil-bok m’ont beaucoup aidé. Quand un acteur peine à se concentrer ou n’est pas dans une condition parfaite, diriger le plateau et donner une direction juste, ce n’est pas donné à tout le monde. Il savait pointer clairement ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas.
Je me suis aussi énormément appuyé sur Song Hye-kyo. Grâce à eux deux, je crois que j’ai pu traverser les difficultés. C’était malgré tout difficile.
Quand on est jeune, on se dit : « En vieillissant, jouer devient plus facile, non ? » Mais j’avais un peu sous-estimé cela. Ce qu’elle m’a dit m’a marqué : même les mots qu’elle prononce s’accordent davantage à son âge. Et plus le temps passe, plus les personnages que je dois exprimer gagnent en profondeur et finissent aussi par porter, eux aussi, leurs “rides”.
Rédaction : Oh Yura
Mode : Kim Hyunkyoung (Song Hye-kyo), Im Hyerim (Jang Ki-yong)
Texte : Lee Hyunjun
Photographie : Kim Heejune
Direction artistique : Song Yuli
Film : Jang Yurok, Yoon Sojung


























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