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[Interview] RM : « Tout est une question d'équilibre » by Bella Freud.


Chapitre 1 : Introduction


Bella Freud :Bonjour, entrez.

(musique)

Bienvenue dans Fashion Neurosis, RM.


RM :Merci de m'accueillir. C'est un plaisir d'être ici. L'endroit est vraiment agréable et confortable.

(rires)


Chapitre 2 : Que portez-vous aujourd'hui ?


Bella Freud :Pouvez-vous nous dire ce que vous portez aujourd'hui et pourquoi vous avez choisi cette tenue ?


RM :Je porte une tenue de la nouvelle collection Prada.

C'est aussi l'une de mes marques préférées. Elle est aujourd'hui dirigée par Raf Simons, qui est également l'un de mes créateurs favoris.

Pour être tout à fait honnête, ces derniers temps, je m'en remets beaucoup à mon styliste, qui est aussi un ami. Petite dédicace à Kim.

C'est lui qui m'a conseillé cette chemise parce qu'en général, j'aime beaucoup les couleurs discrètes, légèrement délavées, comme si elles avaient été patinées naturellement par les éléments.

Avec cette teinte, je me sens vraiment naturel… je me sens moi-même.


Bella Freud :C'est très important. Les vêtements ont parfois le pouvoir de nous libérer du regard que l'on porte sur soi.


Chapitre 3 : Humilité et succès


Bella Freud :Vous êtes le leader de BTS, l'un des plus grands groupes de tous les temps.

Vous avez vendu plus de quarante millions d'albums et vous êtes le seul groupe depuis les Beatles à avoir obtenu trois albums numéro un en une seule année.

Pourtant, vous faites preuve d'une humilité que l'on n'associe pas forcément à l'univers de la pop.

Pourquoi est-ce si important pour vous ?


RM :Je n'ai jamais vraiment souhaité devenir aussi célèbre.

Ce que je voulais avant tout, c'était avoir une influence.

Quand on devient artiste ou personnalité publique, on souhaite naturellement toucher le plus de personnes possible.

Mais lorsqu'on est au cœur de l'industrie de la pop, il est très facile de se laisser emporter.

On finit par croire que notre rôle est de rendre les gens heureux, de rester présent dans les classements, de conserver son influence et son impact à travers les chiffres.

Mais… pourquoi suis-je devenu comme ça ?

(il rit doucement)

En réalité, je ne suis pas certain d'avoir choisi cette voie. J'ai plutôt l'impression que cette responsabilité m'a été confiée.

Et s'il y a une raison à tout cela, je crois qu'elle doit toujours partir d'un endroit plus profond.

Pas de l'idée de vouloir donner quelque chose aux autres.

Tout doit prendre racine dans l'endroit où l'on se trouve aujourd'hui, dans ce que l'on vit réellement, dans les expériences, les influences et les inspirations que la vie nous apporte.

Au fond, tout est une question d'équilibre.


Bella Freud :Oui.


RM :Aujourd'hui, je suis au cœur de l'industrie de la pop.

Je dois donc constamment préserver cet équilibre.

Essayer de prendre de la distance par rapport aux chiffres et à l'impact qu'ils représentent, tout en me rapprochant de la nature et de tout ce qui n'appartient pas à cette époque où tout va incroyablement vite.


Bella Freud :Pour rester connecté à ce qui nourrit réellement votre inspiration.


RM :Exactement.

Parce que je suis encore jeune. J'ai trente ans… enfin, trente et un, maintenant.

Et il est vraiment difficile de ne pas être constamment interrompu par les shorts, les reels, les clips et toutes ces vidéos très courtes.

Cela me rend nerveux.

J'ai sans cesse l'impression que je dois produire quelque chose, chaque jour, à chaque instant.

Mais tout disparaît tellement vite.

C'est probablement ce qui me fait le plus peur aujourd'hui : ces vagues de nouveautés qui arrivent sans arrêt et passent à une vitesse folle.


Bella Freud :Mon Dieu… c'est un véritable fardeau que vous portez.

Et la mode avait-elle une place importante dans votre famille ?


Chapitre 4 : L'enfance et le style familial


Bella Freud :Je me demandais si quelqu'un, dans votre famille, avait influencé votre manière de vous habiller ou votre sens du style.


RM :Mon père voulait devenir dessinateur de bandes dessinées.

Je ne sais pas exactement comment on appelle ça en anglais, mais il rêvait vraiment de dessiner des mangas ou des cartoons.

À cette époque, la Corée était encore un pays très pauvre. Nous n'avions pratiquement rien.

Ma grand-mère l'a donc empêché de poursuivre ce qu'il désirait vraiment faire.

Ma mère, elle, était enseignante.

Je pense que mon père a toujours gardé en lui cette frustration, ce désir de vivre autre chose qu'une vie uniquement tournée vers les études et un emploi stable.

C'est sans doute pour cela qu'il m'a toujours énormément soutenu dans ce que je voulais faire : la musique.

Ma mère, au contraire, cherchait toujours à m'apporter de la stabilité.

Elle me disait souvent de ne pas prendre trop de risques, de rester dans une zone de sécurité.

J'avais l'impression d'être comme le balancier d'une horloge, oscillant sans cesse entre les visions de mon père et de ma mère.

Au final, je crois que c'est grâce à eux que j'ai appris ce qu'est l'équilibre.

Ils ont vraiment été des parents extraordinaires pour moi.


Chapitre 5 : Le syndrome de Stendhal


Bella Freud :Vous avez déjà parlé du syndrome de Stendhal, cette sensation d'être submergé par la beauté d'une œuvre d'art.

Vous est-il déjà arrivé de ressentir une émotion aussi intense devant la mode ?


RM :Oui.

Je me souviens encore de la première fois où j'ai découvert les créations de Rick Owens.


Bella Freud :Oui, il est lui aussi venu dans Fashion Neurosis.


RM :Je sais. J'ai regardé son interview.

À Séoul, il y avait autrefois une boutique Rick Owens. Elle a fermé depuis, sans doute après la pandémie.

Je me rappelle qu'en 2014 ou 2015, je n'avais absolument pas les moyens de m'offrir la moindre pièce de la marque.

Mais je me souviens parfaitement de la première fois où je suis entré dans cette boutique.

À l'entrée, il y avait une immense sculpture.

Et puis tout cet univers noir…

Ces vagues d'obscurité…

Les silhouettes…

Tout était incroyablement élégant.

Je crois que c'est la première fois que j'ai ressenti une émotion comparable au syndrome de Stendhal… mais devant des vêtements.

C'est aussi ce jour-là que j'ai compris qu'une couleur comme le noir pouvait offrir une infinité de nuances.

J'en ai été profondément bouleversé.

(rires)


Bella Freud :C'est une magnifique description.

Son univers est si évocateur, si provocant, et en même temps profondément émouvant.

Cela a dû être une expérience incroyable.


RM :J'aime toujours énormément ses créations.

Et bien sûr, j'aime aussi ses paroles.

L'une de mes citations préférées, tirée de son passage dans Fashion Neurosis, est devenue virale.

Il disait en substance que les personnes qui ne s'intéressent pas à la mode ont simplement d'autres priorités…

et que cela peut être très séduisant.

(rires)

J'adore cette phrase.


Bella Freud :Je sais…

Il est formidable.

Je suis ravie que cette interview vous ait plu.

C'était mon tout premier invité.

Il a porté chance à cette émission.

C'est très beau qu'il revienne aujourd'hui au cœur de notre conversation.


Bella Freud :Vous êtes sous les projecteurs depuis un très jeune âge.

À travers vos vêtements, quelle part de votre identité choisissez-vous de cacher… et laquelle acceptez-vous de révéler ?


Chapitre 6 : Cacher ou révéler son identité à travers les vêtements


RM :Je décrirais ma vie comme celle d'un agent infiltré.

C'est un peu comme être un voleur la nuit… et un policier le jour.

Pendant longtemps, j'ai eu du mal à accepter cette dualité.

Quand j'avais vingt ans, je pensais qu'il fallait avoir une identité très affirmée, presque tranchée. Je croyais qu'il fallait être défini par une seule facette de soi-même.

Mais avec le temps, j'ai compris qu'un être humain est infiniment plus complexe.

Notre identité est faite de contradictions.

De dualités.

Aujourd'hui encore, je me bats avec cette question :

Quelle part de moi dois-je montrer aux autres ? Au public ?

Et quelle part dois-je préserver, garder dans ma vie privée ?

Je cherche encore où placer cette frontière.


Bella Freud :Oui.


RM :Mais je pense que le meilleur moyen de révéler ce que l'on est vraiment…

c'est l'art.

Pour moi, c'est la musique.

C'est à travers elle que j'essaie d'exprimer mes côtés les plus sombres, mes démons, tout ce que j'ai besoin d'évacuer.


Bella Freud :C'est justement ce à quoi les gens peuvent s'identifier.

Personne n'est totalement pur ou parfait.

Entendre ces émotions exprimées dans la musique est profondément réconfortant.


RM :Oui.

Ce qui est fascinant chez les grands artistes, c'est que leur histoire personnelle finit par devenir universelle.

C'est, à mes yeux, toute la beauté de l'art.

Qu'il s'agisse d'un peintre, d'un sculpteur, d'un créateur de mode, d'un architecte, d'un romancier ou d'un musicien…

Tous traversent leurs propres épreuves, leurs propres souffrances.

Mais ce que nous voyons, au final, c'est le résultat.

L'œuvre achevée.

Le fruit de tout ce qu'ils ont réussi à transformer intérieurement.

Je trouve cela incroyablement beau.

Et j'ai toujours voulu devenir quelqu'un capable de faire cela.


Bella Freud :Eh bien… vous y parvenez déjà.


RM :J'essaie.


Bella Freud :Et je crois que c'est justement cela qui fait avancer : continuer à essayer.

Vous donnez l'image d'une personne très réfléchie.

Vous citez souvent des écrivains comme George Orwell, Haruki Murakami ou encore Carl Jung.

Je me demandais quel avait été le premier livre à changer votre vie.

Chapitre 7 : La littérature


RM :Je pense…

(il réfléchit un instant)

Avant tout, je dois dire que je lisais beaucoup plus lorsque j'étais jeune.

Aujourd'hui, les réseaux sociaux m'empêchent un peu de lire.

Ils rendent les livres… plus difficiles à ouvrir.

(rires)

Regarder un film au cinéma ou lire un livre devient de plus en plus difficile.

Parfois, je m'ennuie rapidement.

Sur Netflix, on peut interrompre un film quand on veut.

Alors qu'aller au cinéma, mettre son téléphone en mode avion et se laisser guider uniquement par la vision d'un réalisateur…

c'est devenu une expérience de plus en plus rare.

Le premier livre qui m'a procuré une émotion comparable au syndrome de Stendhal…

je crois que c'était Demian, de Hermann Hesse.


Bella Freud :Oui.


RM :Je crois que c'est grâce à ce livre que j'ai compris la véritable nature…

de la jalousie.


Bella Freud :C'est passionnant…


RM :Dans Demian, le personnage est décrit comme un être presque parfait.

Un idéal humain.

Et dès les premières pages, avec l'image de l'oiseau qui doit briser sa coquille…

et la référence à Abraxas…

tout cela m'a profondément marqué.

Je crois que je l'ai lu quatre ou cinq fois quand j'étais adolescent.


Bella Freud :Vraiment ?

Vous me donnez envie de le relire.


RM :À cette époque, ce livre ressemblait presque à un miroir de ma vie de lycéen.

Il m'a permis de comprendre les mauvais sentiments que j'éprouvais parfois.

La jalousie envers certains camarades.

Ceux qui étaient plus grands.

Plus beaux.

Plus intelligents.

Meilleurs en sport.

Toujours populaires auprès des filles.

(rires)

Même si j'étais encore très jeune, ce livre m'a permis de réfléchir à ma propre vie.

Je m'en souviens encore aujourd'hui.


Bella Freud :C'est un merveilleux livre.

La jalousie peut être un sentiment extrêmement douloureux.

Je me souviens que mon thérapeute me disait qu'il fallait parfois la considérer comme un jeu.

Lire une œuvre aussi philosophique à un si jeune âge et comprendre que ressentir de la jalousie n'est pas forcément une mauvaise chose…

que cela fait partie de la découverte de soi…

c'est extraordinaire.

Comment avez-vous découvert ce livre ?


RM :En Corée, il est considéré comme un grand classique.

Les parents et les enseignants le recommandent souvent.

(rires)

Mes parents m'emmenaient chaque week-end à la bibliothèque municipale.

Je pense que c'est probablement l'un des plus beaux cadeaux que des parents puissent offrir à leurs enfants.

Sans même s'en rendre compte, ils m'ont donné l'occasion d'aller à la rencontre de toutes ces grandes idées…

et de toute la richesse que les générations précédentes nous ont laissée.


Bella Freud :Oui…

Vous dégagez cette impression d'un homme qui porte le poids du leadership et qui cherche à utiliser son influence avec beaucoup de conscience.

Comment vivez-vous la solitude qui accompagne le rôle de leader ?


Chapitre 8 : Le leadership


Bella Freud :Vous donnez l'image d'un homme qui porte le poids du leadership avec beaucoup de conscience. Je me demandais : comment gérez-vous la solitude qui accompagne le fait d'être le leader d'un groupe ?


RM :C'est toujours difficile.

J'ai été le premier membre du groupe à être recruté par le label, et l'entreprise m'a très vite confié une grande responsabilité : faire en sorte que sept personnes deviennent une véritable équipe.

Nous venions de villes différentes.

Nous avions des goûts différents.

Des rêves différents.

Des parcours complètement différents.

Au début, pendant les huit ou neuf premières années, j'étais probablement un leader très autoritaire.

Assez directif.

Je voulais tout contrôler.

Mais plus le groupe grandissait, plus chaque membre construisait sa propre identité et sa propre carrière.

Et cette manière de diriger ne fonctionnait plus.

Évidemment, eux aussi avaient énormément grandi.

J'ai donc dû changer ma façon de communiquer.

Aujourd'hui, pour moi, être leader, c'est un peu comme cette situation.

Imaginons que tout le monde soit confortablement installé sur un canapé.

La fenêtre est ouverte.

Il fait froid.

Quelqu'un doit aller la fermer.

Mais personne n'en a envie parce que tout le monde est bien installé.

Alors une seule personne doit se lever, quitter le canapé, faire quelques pas et fermer la fenêtre.

Pour moi, c'est exactement cela, être un leader.

Faire ce petit effort pour toute l'équipe.

C'est tout.

(rires)


Bella Freud :Mais c'est énorme, finalement.

Parce qu'en vous levant pour fermer la fenêtre, vous risquez aussi de perdre votre place sur le canapé.

C'est un véritable acte de courage… et de confiance.


RM :Oui…

Au fond, être leader est surtout… assez pénible.

(rires)

Mais je n'arrivais tout simplement pas à laisser quelqu'un d'autre le faire.

Je me disais toujours :

« S'il faut que quelqu'un s'en charge, alors ce sera moi. »

Et puis, si quelqu'un d'autre le faisait différemment de ce que j'avais imaginé, je serais probablement encore plus stressé.

Je pense que c'est pour cela que je continue.

Et lorsque les membres me disent parfois :

« Nous savons tous les efforts que tu fais. Nous sommes heureux de t'avoir comme leader. »

À cet instant-là…

tout le stress disparaît.

C'est toute la beauté d'une équipe.


Bella Freud :On sent que vous êtes vraiment fait pour ce rôle.


RM :Cela fait maintenant quinze ans que je vis avec eux.

J'ai littéralement passé la moitié de ma vie avec les six autres membres.

D'ailleurs, nous sommes sept dans le groupe.

La plupart des groupes comptent quatre membres…

Nous, nous sommes sept.


Bella Freud :Vraiment ?

C'est un chiffre porte-bonheur.


RM :Oui.

Et cela fait beaucoup de monde !


Chapitre 9 : Travailler avec Wing Shya sur Right Place, Wrong Person


Bella Freud :Pour votre album solo Right Place, Wrong Person, vous avez travaillé avec Wing Shya, le célèbre photographe qui a collaboré avec Wong Kar-wai.

Sa manière d'utiliser la lumière et le cadrage vous montre comme une personne ordinaire… tout en laissant transparaître quelque chose d'exceptionnel.

Dans la mode, tout le monde est fasciné par l'atmosphère de In the Mood for Love.

C'est à la fois romantique et mélancolique.

Est-ce un univers dans lequel vous vous sentez naturellement à l'aise ?


RM :Oui.

C'est mon album préféré jusqu'à présent.

Déjà parce que c'est le plus récent.

Et… merci d'avoir remarqué tout cela.


Bella Freud :Les photographies sont magnifiques.


RM :À cette époque, j'essayais surtout de m'éloigner de la personne que j'étais devenue.

J'avais toujours l'excuse d'être trop occupé par mon rôle, par les emplois du temps, par toutes les activités liées à BTS.

Mais je me suis rendu compte que j'étais devenu paresseux lorsqu'il s'agissait de continuer à explorer le monde.

D'aller chercher de nouvelles œuvres.

De découvrir d'autres formes d'art.

Avant mon départ pour le service militaire, lorsque je travaillais sur cet album, j'ai voulu m'éloigner le plus possible de tout cela.

Bien sûr, tout le monde aime les films de Wong Kar-wai.

Et je trouve fascinant que même la génération Z ou les plus jeunes continuent d'être admiratifs de son univers.

Cela prouve qu'il a construit un monde qui n'appartient qu'à lui.

Pendant cet album, je voulais simplement apprendre à être plus détendu.

À arrêter d'être constamment sous pression.

Être leader d'un groupe et évoluer au cœur de l'industrie de la pop m'a énormément apporté…

mais cela m'a aussi pris beaucoup de choses.

L'une d'elles, c'est que je vivais toujours avec cette tension intérieure :

« Il faut que je fasse parfaitement les choses. »

« Il faut que je sois excellent. »

« Je dois toujours donner le meilleur de moi-même. »

Cette pression ne me quittait jamais.

Alors j'ai voulu la relâcher.

Avec mon équipe, nous avons pensé que Wing Shya était l'artiste idéal pour m'emmener dans un autre univers.


Bella Freud :Parce qu'il parvient toujours à saisir quelque chose de très particulier…


RM :Oui.

Il prépare ses décors avec une sensibilité incroyable.

Chaque objet.

Chaque cadre.

Tout semble minutieusement pensé.

Et pourtant…

au moment où il prend son appareil photo…

il agit presque instinctivement.

Très rapidement.

En une fraction de seconde.


Bella Freud :Vraiment ?


RM :Oui.

Travailler avec lui, la tête rasée, a été une expérience totalement nouvelle pour moi.


Bella Freud :Ces photos sont saisissantes.

Il y a notamment cette image où vous êtes seul dans un faisceau de lumière…

On a presque l'impression qu'il révèle davantage de vous que ce que vous accepteriez habituellement de montrer.

En les regardant, j'ai eu le sentiment de mieux vous connaître.

Elles possèdent une profondeur incroyable.


RM :Merci…

Cela me touche énormément.

Et je suis certain que Wing Shya serait très heureux d'entendre cela.

Je pense que cette séance était une véritable rencontre entre deux sensibilités créatives.

Nous avons photographié dans un vieil hôtel abandonné.

Aujourd'hui, il sert uniquement de décor pour des tournages.

Le bâtiment est en vente depuis longtemps, mais personne ne l'a encore acheté.

C'était un endroit très étrange.

Presque irréel.

Je crois que, grâce à toute son expérience, Wing Shya a parfaitement compris cette idée un peu floue que je voulais exprimer avec Right Place, Wrong Person.

Parce qu'en 2026, beaucoup de personnes peuvent avoir ce sentiment.

Être dans une entreprise et avoir l'impression d'être la mauvaise personne au bon endroit.

Ou, au contraire, la bonne personne au mauvais endroit.

Je pense que presque tout le monde a déjà ressenti cela au moins une fois dans sa vie.


Bella Freud :Ce sentiment d'être un outsider revient souvent lorsqu'on parle de solitude…

Et c'est paradoxal : alors que nous sommes toujours plus connectés grâce aux téléphones et aux réseaux sociaux, la dépression et la solitude semblent, elles aussi, progresser.



Chapitre 10 : Kim Gordon et le punk coréen


Bella Freud :Vous me surprenez toujours par vos références artistiques.

J'ai remarqué que vous aviez utilisé Bye Bye de Kim Gordon dans l'une de vos publications Instagram.

J'adore cette artiste.


RM :Je sais. Elle est elle aussi passée dans Fashion Neurosis.


Bella Freud :Oui.


RM :Pour moi, c'est probablement… la grand-mère la plus cool du monde.

(rires)


Bella Freud :Je n'oserais pas l'appeler « grand-mère », mais oui… c'est probablement la plus cool.

J'adore cette énergie punk dans sa musique.

Elle appartient à ma génération.

Si je voulais découvrir un artiste coréen qui possède cette même tension, cette même intensité, cette même énergie brute… qui me recommanderiez-vous ?


RM :Quelqu'un de vraiment intense ?

Vous devriez écouter No Brain.


Bella Freud :No Brain ?


RM :Oui.

Le nom dit déjà tout.

(rires)

Le groupe s'appelle vraiment No Brain.

Et si je devais citer l'équivalent coréen de Kim Gordon, quelqu'un qui continue encore aujourd'hui à créer avec cette même liberté…

je dirais Kim Chang-wan.

Il faisait partie d'un groupe dont le nom pourrait se traduire par Les Échos de la montagne.

Pour moi, c'est un peu le Sonic Youth coréen.

Sa musique est très psychédélique.

Je pense sincèrement qu'il est l'un des plus grands artistes de l'histoire de la Corée.

Donc je vous recommanderais No Brain et Kim Chang-wan.

Bella Freud :Je vais les écouter.

J'ai vraiment hâte de les découvrir.


Chapitre 11 : La collection d'art de RM


Bella Freud :Vous vous intéressez énormément à l'art.

Vous avez un goût très sûr en peinture et en sculpture.

J'ai lu que vous appréciez notamment Philip Guston et Alberto Giacometti.

Et vous possédez une collection remarquable, composée principalement d'œuvres d'art coréennes.

Quelle a été la première œuvre qui vous a véritablement fait comprendre que vous aimiez l'art ?


RM :Pendant les tournées, il est souvent difficile de sortir.

Il y a beaucoup de fans et il est presque impossible de se promener tranquillement.

En 2018, je m'ennuyais énormément.

Je n'avais rien à faire.

À cette époque, je ne connaissais finalement que deux activités : faire du shopping ou jouer à des jeux vidéo dans ma chambre.

Puis, un membre de notre équipe, Fee, m'a proposé :

« Pourquoi n'irions-nous pas visiter un musée ? »

Je lui ai répondu :

« Un musée ? Ce n'est pas vraiment mon truc… Ça ne va pas être ennuyeux ? »

(rires)

Mais comme nous n'avions rien d'autre à faire, nous y sommes allés.

Et là…

j'ai découvert les tableaux de Monet…

de Van Gogh…

de Cézanne…

Bien sûr, je connaissais leurs noms grâce à l'école.

Je les avais vus dans des livres.

Mais c'était la première fois que je me retrouvais physiquement devant leurs véritables œuvres.

Je crois que l'impressionnisme est la plus belle porte d'entrée vers le monde de l'art.

Monet…

Van Gogh…

Cézanne…

Ce sont eux qui m'ont ouvert cette porte.

Puis, en approfondissant mes découvertes, mes goûts sont devenus plus complexes…

plus nuancés.

C'est ainsi que tout a commencé.


Bella Freud :Dans une vidéo tournée chez vous, on aperçoit une petite sculpture d'Ugo Rondinone.

Je l'adore.

Je suis même allée chez lui à New York.

Sa maison était remplie de sculptures incroyables.

C'était fascinant.


RM :Ce que j'aime particulièrement chez lui…

c'est la manière dont il ajoute de la couleur aux pierres.

Grâce à lui, ma façon de regarder le monde a changé.

Depuis que j'ai découvert ses œuvres…

je ne regarde plus les montagnes et les rochers de la même manière.

C'est quelque chose que j'aime énormément.


Bella Freud :C'est magnifique.

Vous avez également parlé de ce que l'on appelle la mode d'aéroport.

Vous disiez que les gens s'attendent toujours à vous voir porter une nouvelle tenue lorsque vous arrivez dans un aéroport.

Quelle est aujourd'hui votre tenue d'aéroport préférée ?



Chapitre 12 : La mode d'aéroport


Bella Freud :Vous avez parlé de ce qu'on appelle la « mode d'aéroport ». Vous avez expliqué que les gens s'attendent toujours à vous voir porter quelque chose de nouveau lorsque vous voyagez. Quelle est aujourd'hui votre tenue d'aéroport préférée ?


RM :(rires)

La mode d'aéroport…

J'aime beaucoup cette expression.

Est-ce que j'ai une tenue préférée ?

Je me souviens qu'il y a environ douze ans, en 2013 ou 2014, j'ai découvert tout le collectif Odd Future, avec Tyler, the Creator, Frank Ocean et toute cette scène.

J'ai tout de suite adoré leur univers.

À cette époque, je n'avais pas beaucoup d'argent.

Le seul vêtement que je pouvais m'offrir, c'était un t-shirt de Golf Wang.

Quand je regarde aujourd'hui les photos de cette époque…

c'est franchement ridicule.

(rires)

Je porte des chaussettes roses…

un t-shirt…

des chaussures complètement improbables…

Mais finalement…

j'aime beaucoup ces photos.

Elles me rappellent une période où j'étais plus innocent.

Plus jeune.

Et j'ai fini par comprendre une chose.

Quand on déteste quelque chose avec trop d'intensité…

on finit parfois par l'aimer.


Bella Freud :C'est tellement vrai.

Si quelque chose vous était vraiment totalement indifférent, vous n'y penseriez même pas.

C'est une réflexion brillante.

Il y a toujours une part de fascination derrière un rejet aussi fort.


RM :Exactement.

Alors, paradoxalement…

cette tenue avec les chaussettes roses est devenue ma préférée.

(rires)


Chapitre 13 : Les vêtements qui remontent le moral


Bella Freud :Y a-t-il certains vêtements qui vous font vous sentir mieux lorsque vous traversez une période difficile ?


RM :En Corée, avec mes amis, nous avons une expression.

Nous parlons de nos « béquilles ».

Et moi aussi, j'ai les miennes.

Je pense que la nature est le meilleur thérapeute qui existe.

Près de 70 % du territoire coréen est constitué de montagnes.

Peu importe où l'on vit, on peut partir randonner.

Les montagnes.

Les rivières.

La mer.

Tout cela est pour moi une source d'enseignement.

Et une véritable thérapie.

Ensuite…

il y a mes amis.

Parce qu'il m'arrive parfois de ne pas m'aimer.

Surtout lorsque je réalise à quel point je peux devenir dépendant des relations avec les autres.

(rires)

Je me demande souvent :

« Est-ce que tu pourrais simplement rester seul un moment ? »

« Pourquoi as-tu toujours besoin de parler à quelqu'un ? »

« Pourquoi ressens-tu toujours le besoin de partir quelque part avec quelqu'un ? »

Est-ce que tu pourrais simplement accepter d'être seul pendant une semaine ?

Parce que, pour être honnête…

je trouve cela très difficile.

Ne rien faire.

Être seul avec moi-même.

Alors oui…

les amis comptent énormément.

La famille aussi.

Et bien sûr l'art.

La musique.

L'architecture.

Les livres.

Toutes ces choses sont des béquilles sur lesquelles je m'appuie.

Et c'est justement là que je réalise à quel point je suis fragile.

(rires)

J'ai constamment besoin de toutes ces béquilles.


Bella Freud :Je crois qu'une partie de la véritable force consiste justement à reconnaître ses faiblesses.

Ce que certains appellent une faiblesse n'est peut-être qu'un autre état d'esprit.

À condition de ne pas sombrer trop profondément, il est toujours possible de remonter.


RM :Oui.

Je pense que devenir fort commence précisément au moment où l'on accepte ses faiblesses.

Ses défauts.

Ses imperfections.

J'en ai énormément.


Bella Freud :Vous êtes très exigeant envers vous-même.


RM :Peut-être parce que j'ai grandi en Corée.

C'est un pays extrêmement intense.

Mais c'est justement cette intensité qui a permis à la Corée de devenir ce qu'elle est aujourd'hui.

Alors…

je l'aime.

Et je la déteste en même temps.


Bella Freud :C'est peut-être aussi la signature des artistes.

J'ai lu un livre sur Giacometti.

Il passait son temps à remettre son travail en question, à détruire ce qu'il venait de faire pour recommencer encore.

Et pourtant, de cette exigence naissaient des œuvres extraordinaires.


RM :Oui.

Parfois, je ne connais pas d'autre manière d'avancer que de me pousser jusqu'à mes limites.

C'est parfois extrêmement éprouvant.

Mais, au fond…

j'aimerais devenir une autre personne.

J'aimerais réussir à dépasser tout cela.

Un jour.


Bella Freud :Vous êtes encore très jeune.

Et vous avez déjà accompli énormément de choses.

On sent que, lorsque vous vous fixez un objectif, vous avancez toujours vers lui.

Sur la pochette de votre nouvel album ARIRANG, les sept membres de BTS portent des costumes élégants qui ressemblent presque à un uniforme.

Cette image dégage beaucoup de confiance, mais aussi beaucoup de subtilité.

Avez-vous le sentiment que cette subtilité vous représente davantage aujourd'hui ?



Chapitre 14 : La subtilité dans la mode


Bella Freud :Sur la pochette de votre nouvel album ARIRANG, les sept membres de BTS portent des costumes élégants qui ressemblent presque à un uniforme.

L'ensemble est très glamour, mais aussi très subtil.

Avez-vous le sentiment que cette subtilité représente davantage la personne que vous êtes aujourd'hui ?


RM :Oui.

Parce que nous avons dû accepter une chose :

nous sommes encore très confus.

Nous ne sommes pas capables d'arriver à une vision parfaitement claire ou à un consensus évident sur nos goûts, nos rêves ou notre direction.

C'est un album profondément traversé par cette confusion.

Et moi aussi, je suis encore très confus aujourd'hui.

Je réfléchis souvent à cette idée de subtilité.

Mais…

je ne sais toujours pas vraiment.

Notre intention était d'être très directs.

Très francs.

Mais nous avons échoué.

Et, au fond…

nous savions dès le départ que nous allions échouer.

Je crois que c'est précisément de là que naît cette subtilité.

De ces conflits intérieurs.

De ces hésitations.

De ces tremblements.

C'est exactement l'endroit où je me trouve aujourd'hui, en 2026.

J'aimerais être totalement sûr de moi.

J'aimerais avancer en ligne droite.

Mais j'ai toujours l'impression d'échouer.


Bella Freud :Je trouve pourtant cette photographie magnifique.

On a l'impression qu'elle raconte le passé de chacun des membres.

Même si vous portez tous des costumes similaires, chaque personnalité continue d'apparaître avec beaucoup de force.

Je la trouve vraiment très belle.

Et finalement…

la certitude n'existe peut-être pas.

Ce n'est pas forcément une mauvaise chose.

Cela signifie aussi que l'on peut continuer d'évoluer.

Vous donnez l'image d'une personne dotée d'une immense discipline et d'une grande force intérieure.

Que signifie, pour vous, la discipline ?

À quel moment devient-elle une force…

et à quel moment devient-elle une prison ?


Chapitre 15 : La discipline


RM :Parfois, je crois que je cherche à tout contrôler.

Même moi-même.

Je me répète constamment :

« Tu ne dois pas devenir paresseux. »

« Ce n'est pas le moment de te reposer. »

Prenons la tournée actuelle.

Pour moi, une tournée représente l'accomplissement ultime du métier de musicien.

Elle rassemble tout :

la musique,

les performances,

les chorégraphies,

les visuels,

et surtout…

la rencontre avec les fans.

Ce contact direct.

Les regards.

Les visages.

Cette communion.

J'avais presque oublié cette sensation.

Cela faisait près de sept ans que nous n'étions plus partis en tournée, entre la pandémie et le service militaire.

La tournée a commencé il y a environ trois mois.

Et je me suis soudain rendu compte que…

(rires)

…j'avais énormément de temps libre entre les concerts.

Mais en même temps, chaque concert me demande une quantité d'énergie considérable.

La plupart du temps, en dehors de la scène…

je suis complètement épuisé.

Pourtant…

j'essaie toujours de sortir.

Par exemple, ici à Londres, je prévois d'aller voir l'exposition d'Anish Kapoor à la Hayward Gallery.

Pendant les concerts, je saute énormément.

Mes jambes me font constamment souffrir.

Parfois, il m'est même difficile de marcher.

Mais je me pousse malgré tout à sortir.

Je me dis toujours :

« Quand auras-tu de nouveau l'occasion de voir cet endroit ? »

« Quand pourras-tu revoir cette exposition si ce n'est maintenant ? »

Alors…

ma discipline se résume souvent à un dialogue intérieur permanent.

« Est-ce que je me contrôle trop ? »

« Non, tu peux te détendre. »

« Cela fait quinze ans que tu attends ce moment. »

Puis une autre voix répond :

« Non. »

« Le monde avance trop vite. »

« Tu dois travailler encore plus. »

Et une troisième intervient :

« S'il te plaît… calme-toi un peu. »

(rires)

Un ami m'a donné un conseil qui m'a beaucoup aidé.

Il m'a dit :

« Continue à vivre cette double vie. »

« Lorsque tu es dans ton rôle d'artiste, donne-toi à cent pour cent. »

« Vis pleinement ta vie de pop star. »

« Amuse-toi. »

« Mais dès que tu retrouves ta vie privée… redeviens simplement toi-même. »

« Dis ce que tu penses. »

« Exprime tout ce que tu ressens. »

« Tu peux devenir encore meilleur dans ces deux rôles. »

« En revanche, n'essaie pas de les mélanger. »

« C'est précisément de là que viennent tes insécurités. »

Ce conseil m'a énormément aidé.

Même si…

ce n'est pas toujours facile à appliquer.


Bella Freud :C'est un conseil remarquable.

Je dois dire que je le trouve vraiment très juste.

Y a-t-il un vêtement que vous trouvez particulièrement attirant chez une personne qui vous plaît ?


Chapitre 16 : Les vêtements qui nous attirent


Bella Freud :Y a-t-il un vêtement, ou un style vestimentaire, que vous trouvez particulièrement attirant chez une personne qui vous plaît ?


RM :Oui…

J'y réfléchis souvent.

Mais finalement, je crois que ce qui m'attire le plus n'est pas un vêtement en particulier.

C'est plutôt une contradiction.

J'aime les personnes qui peuvent être extrêmement sérieuses…

et, au même moment, totalement absurdes et pleines d'humour.

Je pense que je pourrais tomber amoureux d'une personne comme ça.

(rires)


Bella Freud :C'est une très belle réponse.


RM :Je ne sais pas exactement pourquoi…

Mais j'ai l'impression qu'avec une personne comme ça, je pourrais vivre très longtemps sans jamais m'ennuyer.

Je crois que nous pourrions avoir une vie très heureuse.

Une vie remplie de conversations.

Un jour, parler de sujets de société…

de politique…

et, la minute suivante, discuter simplement de la meilleure bière.

Par exemple :

« Tu préfères la bière belge ou la bière allemande ? »

(rires)

Moi, je répondrais probablement :

« La bière coréenne. »

Ce mélange de profondeur et de légèreté…

Cette dualité…

C'est ce que je trouve le plus séduisant chez quelqu'un.


Bella Freud :Cette dualité…

Oui…

Et si une personne vous plaît mais que vous n'aimez pas ce qu'elle porte…

est-ce que cela peut casser votre attirance ?


Chapitre 17 : Si une personne nous plaît…


RM :(rires)

Quand j'étais plus jeune…

oui.

À cette époque, je pensais que la mode était presque tout.

Les vêtements étaient, selon moi, la meilleure manière d'exprimer sa personnalité.

Mais Rick Owens m'a déjà appris une grande leçon dans Fashion Neurosis.

(rires)

Avec les années, j'ai appris à respecter profondément les goûts des autres.

Leur manière de s'exprimer.

Leur façon d'être.

Il y a plusieurs années déjà, je disais que j'étais en train d'apprendre cela.

Aujourd'hui…

je crois que je peux enfin dire que je suis réellement devenu cette personne.

Et c'est justement dans ce domaine que j'aimerais encore continuer à progresser.

Parce que les vêtements sont importants…

mais nous avons tendance à juger les gens beaucoup trop vite à travers leur apparence.

Leur style.

Leur façon de s'habiller.

Personne n'a envie d'être réduit à cela.


Chapitre 18 : La normalité et les rituels du quotidien


Bella Freud :Sur votre album ARIRANG, il y a une chanson intitulée Normal.

Je me demandais quels rituels vous permettent de retrouver une forme de normalité dans une vie qui ne l'est pas vraiment.

Dans une vidéo, on vous voit notamment faire votre lit.

Est-ce que cela fait partie de vos habitudes pour garder les pieds sur terre ?


RM :Vous savez…

Parfois, un seul mot peut finir par définir tout un univers.

Pour moi, ce mot a longtemps été :

la normalité.

J'étais obsédé par cette idée.

Je me répétais constamment :

« Tu devrais être quelqu'un de normal. »

« Tu devrais simplement être une personne comme les autres. »

Parce que ma vie est…

très étrange.

Mais plus je m'obsédais avec cette idée de devenir « normal »…

plus cette normalité semblait s'éloigner de moi.

Alors aujourd'hui…

j'essaie simplement d'arrêter d'y penser.


Bella Freud :Je crois que c'est une excellente décision.

Vous n'avez pas besoin de disparaître.

Ni de devenir invisible.

Ni de vous empêcher d'être remarqué.


RM :Oui.

J'essaie simplement de m'éloigner de cette obsession.


Bella Freud :Je dois vous dire que je trouve ARIRANG absolument remarquable.

Je m'y suis complètement plongée.

J'ai pris énormément de plaisir à l'écouter.

Votre manière de travailler est d'une rigueur incroyable.

Et pourtant, le résultat dégage à la fois beaucoup de liberté, d'optimisme et d'ouverture.

J'aime particulièrement Hooligan.

On y entend des mélodies captivantes, mais aussi des sons métalliques qui évoquent presque des épées qui s'entrechoquent.

Comment réussissez-vous à réunir autant d'univers différents dans une seule chanson ?

C'est sans doute une question impossible…

mais votre musique va droit au cœur.


Chapitre 19 : Le nouvel album de BTS, ARIRANG


Bella Freud :J'aime particulièrement Hooligan.

On y entend des mélodies très captivantes, mais aussi des sons métalliques qui évoquent presque des épées qui s'entrechoquent.

Comment réussissez-vous à rassembler autant d'influences différentes dans une seule chanson ?

Je sais que c'est une question presque impossible…

mais votre musique est à la fois très riche et incroyablement directe.

Elle touche immédiatement le cœur.


RM :Nous avons eu énormément de chance.

Beaucoup d'amis, de producteurs et de collaborateurs nous ont énormément aidés pendant la création de cet album.

Nous avons travaillé dessus pendant trois ou quatre mois.

Nous avons passé cette période à Los Angeles.

Et nous avons eu la chance de collaborer avec des musiciens et des artistes extraordinaires qui ont permis d'élargir encore davantage notre univers.

Et Hooligan est également l'une de mes chansons préférées.


Bella Freud :Vraiment ?


RM :Oui.

Elle a été produite par El Guincho, qui a notamment travaillé avec Rosalía.

C'est quelqu'un qui possède un univers sonore très particulier.

Il a apporté au studio des sons totalement nouveaux, que nous n'avions jamais entendus auparavant.

Je me souviens aussi que Jung Kook et j-hope ont trouvé ces incroyables lignes mélodiques…

Et c'est également eux qui ont proposé le mot Hooligan.

Au final…

si l'on regarde les crédits de l'album…

j'ai presque l'impression de n'avoir joué qu'un tout petit rôle.

Parce que notre équipe s'est énormément agrandie.

Les autres membres ont aussi développé leurs carrières solo.

Ils ont énormément évolué.

Aujourd'hui, je m'appuie beaucoup plus sur eux qu'avant.

Je suis une personne très chanceuse.

Et j'ai énormément appris tout au long de la création de cet album.

Je pense que tout ce que j'ai appris me servira lorsque je travaillerai sur mon prochain album solo.

C'est un très bel aller-retour entre les projets du groupe et les projets personnels.


Chapitre 20 : Conclusion


Bella Freud :Merci infiniment, RM, d'avoir participé à Fashion Neurosis.

Ce fut un véritable bonheur de vous écouter.

Et de découvrir votre manière de voir le monde.


RM :C'est vraiment un immense honneur d'être ici.

Je crois que je suis le premier Coréen invité dans cette émission.


Bella Freud :Oui.

Et je suis très honorée de vous recevoir.

Je pense qu'il y a quelque chose de profondément magique dans votre musique.

Vous avez cette capacité rare de toucher des personnes de tous les âges.

C'est un immense talent.

Et je crois que cela fait aussi partie des qualités d'un véritable leader, que vous incarnez naturellement.


RM :Merci beaucoup.


Bella Freud :Merci à vous.


RM :J'avais toujours rêvé de vivre l'expérience d'un podcast.

Je crois que c'est même la première fois que je participe à un format comme celui-ci.

J'ai donné des milliers d'interviews pour des magazines, des vidéos promotionnelles ou des contenus musicaux…

Mais le fait d'entrer chez quelqu'un…

de discuter avec Bella, qui est une personne formidable…

dans une ambiance aussi intime…

Je crois sincèrement que c'était l'une des interviews les plus profondes…

les plus honnêtes…

et les plus heureuses…

que j'aie jamais données.


Bella Freud :Merci infiniment.

Cela me touche énormément.

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