Comprendre l’histoire de la Corée : des royaumes fondateurs à la division moderne
- 산드린 France

- 18 févr.
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Dernière mise à jour : 27 févr.

Située entre deux géants – la Chine et le Japon –, la péninsule coréenne a longtemps été perçue comme un territoire intermédiaire. Pourtant, la Corée s’est construite comme une civilisation distincte, dotée d’une identité forte, d’un patrimoine culturel riche et d’un sens aigu de la continuité historique. De ses origines mythiques à la séparation tragique entre Corée du Nord et Corée du Sud, voici un voyage à travers plus de 4000 ans d’histoire coréenne.
Une péninsule indépendante : ni Chine, ni Japon
La Corée est une péninsule située à l’extrémité est de l’Asie. Elle n’a jamais été géographiquement rattachée au Japon, ni durablement absorbée dans un empire chinois, même si certaines régions du nord ont parfois été occupées ou administrées par des puissances voisines à certaines périodes de l’Antiquité.
Bien qu’elle ait été profondément influencée par la Chine et le Japon, la Corée a développé ses propres institutions, sa langue, ses croyances et son histoire.
I. Les origines légendaires : le mythe de Dangun et Gojoseon (vers 2333 av. J.-C.)
La tradition coréenne fait remonter les origines de la nation au roi mythique Dangun Wanggeom, fils d’un dieu céleste (Hwanung) et d’une ourse devenue femme. Il aurait fondé le royaume de Gojoseon en 2333 av. J.-C., dans le nord-ouest de la péninsule.
Si ce récit est symbolique, il montre que la Corée se pense comme une civilisation ancienne et autonome, bien enracinée dans le temps long.
II. Les Trois Royaumes (1er siècle av. J.-C. – 668 apr. J.-C.)
À l’aube de notre ère, trois puissants royaumes se partagent la péninsule :
Goguryeo (고구려) : établi au nord (y compris en Mandchourie), royaume militaire et expansionniste.
Baekje (백제) : situé au sud-ouest, raffiné, ouvert à la culture et aux échanges.
Silla (신라) : au sud-est, d’abord plus modeste, mais ambitieux et diplomate.
Ces royaumes coexistent pendant plusieurs siècles, adoptent et transforment le bouddhisme venu de Chine, et développent des cultures distinctes.

Parallèlement à ces trois grandes puissances, une autre entité politique importante existe au sud de la péninsule : la confédération de Gaya (ou Gaya, 가야).
Située principalement dans la région de l’actuelle Gimhae et le bassin du fleuve Nakdong, elle est traditionnellement associée au roi Kim Soo-ro (김수로), fondateur légendaire de Geumgwan Gaya. Cette confédération se distingue par :
sa maîtrise du travail du fer, qui en fait un centre économique majeur,
ses échanges maritimes avec le Japon et la Chine,
son rôle de trait d’union commercial entre les royaumes voisins.
Gaya coexiste avec les Trois Royaumes jusqu’à son annexion progressive par Silla, achevée en 562.
III. L’unification par Silla (668 – 935)
Grâce à une alliance avec la Chine des Tang, Silla parvient à vaincre Goguryeo et Baekje et à unifier une grande partie de la péninsule en 668. Cette période est marquée par une floraison artistique et religieuse, visible encore aujourd’hui à Gyeongju, l’ancienne capitale, surnommée « le musée sans murs ».
Mais cette unité est partielle : au nord, un nouvel État, Balhae (698–926), fondé par d’anciens nobles de Goguryeo et des populations de Mandchourie, occupe la région nord de la péninsule et une grande partie de la Mandchourie. Pendant plus de deux siècles, Silla et Balhae coexistent et entretiennent des relations parfois rivales, parfois diplomatiques.
IV. Le royaume de Goryeo (918 – 1392) : naissance du nom « Corée »
Fondé par Wang Geon, le royaume de Goryeo (고려) parvient à réunifier Silla et une partie des territoires de Balhae. C’est de son nom que vient l’appellation moderne « Corée ».
C’est une époque d’éclat culturel :
Invention de la typographie à caractères mobiles en métal, plusieurs siècles avant Gutenberg.
Création du Tripitaka Koreana, trésor du bouddhisme gravé sur plus de 80 000 plaques de bois.
Développement d’un État bureaucratique centralisé, mais affaibli par les invasions mongoles au XIIIe siècle, qui transforment Goryeo en royaume vassal de l’empire mongol pendant plusieurs décennies.

V. La dynastie Joseon (1392 – 1897) : confucianisme et stabilité
En 1392, le général Yi Seong-gye renverse Goryeo et fonde la dynastie Joseon (조선), qui durera plus de 500 ans.
Caractéristiques majeures :
Confucianisme comme idéologie d’État, structurant la société, la famille et l’administration.
Réduction du bouddhisme, perçu comme corrompu ou trop puissant.
Sous le règne de Sejong le Grand (r. 1418–1450), création de l’alphabet coréen, le hangeul (훈민정음 à l’origine), pensé pour permettre à tous, y compris au peuple, de lire et d’écrire.
Malgré plusieurs crises (luttes internes, guerres, catastrophes), Joseon maintient une relative stabilité. Le pays est alors surnommé le « royaume ermite », en raison de sa fermeture progressive aux influences extérieures.

VI. Invasions et effondrement (XVIe – XIXe siècle)
Guerres Imjin (1592–1598) : invasions japonaises dirigées par Toyotomi Hideyoshi → destruction massive, villes ravagées, population traumatisée, mais résistance héroïque du général Yi Sun-sin et de ses célèbres « bateaux-tortues ».
Invasions mandchoues (XVIIe siècle) → Joseon devient vassal de la dynastie Qing, tout en conservant ses institutions internes.
Au XIXe siècle, la péninsule subit des pressions croissantes des puissances étrangères (États-Unis, France, Japon, Chine), tandis que le régime peine à se réformer et à se moderniser.
VII. L’Empire de Corée (1897 – 1910)
Pour tenter d’échapper à l’influence étrangère et affirmer la souveraineté du pays, le roi Gojong proclame l’Empire de Corée (대한제국) en 1897 et se fait empereur.
Malgré des efforts de modernisation (réformes, infrastructures, diplomatie), l’Empire reste isolé, techniquement en retard et pris en tenaille entre des empires expansionnistes, notamment le Japon.
VIII. L’occupation japonaise (1910 – 1945)
La Corée est annexée par le Japon en 1910, après des années de pressions militaires et politiques. C’est le début de 35 années de colonisation brutale :
Interdiction progressive du coréen dans l’espace public et à l’école.
Changements de noms imposés (japonisation des noms coréens).
Travail forcé pour de nombreux Coréens dans l’industrie et l’armée.
Mise en place du système des « femmes de réconfort » : des centaines de milliers de femmes en Asie, dont un très grand nombre de Coréennes, sont réduites en esclavage sexuel par l’armée japonaise.
Pillage culturel et répression féroce des mouvements nationalistes.
Le 1er mars 1919, une immense vague de manifestations éclate dans tout le pays : c’est le Mouvement du 1er mars (Samil Undong).
À partir de la lecture d’une Déclaration d’indépendance à Séoul par des étudiants, des intellectuels et des figures religieuses, des centaines de milliers de Coréens descendent dans la rue pour réclamer la fin de la domination japonaise.
La répression est extrêmement violente (nombreux morts, arrestations, villages incendiés), mais cet épisode marque un tournant : il donne naissance à un gouvernement provisoire coréen en exil à Shanghai et structure durablement la résistance.
En Corée du Sud, le 1ᵉʳ mars est devenu jour férié national en 1949, en mémoire de ce soulèvement. La trace du mouvement Sam-il se retrouve même dans le taekwondo : l’un des poomsae avancés, Sam-il teul, créé par le général Choe Hong-hui, lui rend directement hommage.

Une résistance s’organise ensuite, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger (réseaux nationalistes en Mandchourie, en Chine, et au sein de la diaspora coréenne).
IX. Libération et division : la guerre froide sur la péninsule (1945 – 1953)
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Corée est libérée de la domination japonaise, mais immédiatement divisée :
Au nord, la zone occupée par l’URSS.
Au sud, la zone occupée par les États-Unis.
En 1948, deux États séparés sont proclamés :
Corée du Nord (République populaire démocratique de Corée) – dirigée par Kim Il-sung, soutenue par l’URSS.
Corée du Sud (République de Corée) – dirigée par Syngman Rhee, soutenue par les États-Unis.
En 1950, la Corée du Nord envahit le Sud : c’est le début de la guerre de Corée, une guerre fratricide terriblement meurtrière qui implique aussi des troupes américaines, chinoises et d’autres nations. Elle se termine en 1953 par un armistice… mais aucune paix officielle.
La frontière actuelle, la DMZ (zone démilitarisée), sépare toujours les deux pays.

X. De la dictature au miracle : la Corée du Sud moderne
La Corée du Sud traverse plusieurs régimes autoritaires jusqu’aux années 1980 (notamment sous Park Chung-hee puis Chun Doo-hwan).
Elle connaît un miracle économique spectaculaire : industrialisation rapide, essor des conglomérats (chaebols), exportations, haute technologie.
À partir de 1987, le pays entre dans une nouvelle phase démocratique, avec l’élection au suffrage du président et une société civile de plus en plus active.
Depuis les années 1990–2000, la Corée du Sud est devenue une démocratie stable, pionnière dans l’innovation, la culture et la diplomatie. Elle rayonne grâce à la Hallyu (vague coréenne) : K-pop, K-dramas, cinéma, jeux vidéo, gastronomie…

XI. La Corée du Nord : isolement et propagande
Sous la dynastie des Kim (Kim Il-sung, Kim Jong-il, Kim Jong-un), la Corée du Nord s’enferme dans un régime autoritaire, militarisé et presque totalement fermé.
Le pays développe l’arme nucléaire, suscitant l’inquiétude internationale, tout en faisant face à :
famines récurrentes,
économie fragile,
système de camps et de répression politique,
propagande omniprésente qui façonne la vie quotidienne.
XII. Une réunification toujours en suspens
De nombreuses tentatives de dialogue Nord-Sud ont eu lieu (années 1970, années 1990, sommets intercoréens des années 2000 et 2010, Jeux olympiques), mais sans aboutir à une paix définitive ni à une réunification.
La séparation des familles reste une douleur vive, symbolisée par les rares rencontres organisées entre proches restés de part et d’autre de la frontière.
La Corée demeure l’un des derniers héritages de la guerre froide.
Une nation forgée par l’épreuve
La Corée est une civilisation de résilience.
Colonisée, divisée, attaquée, elle a pourtant toujours su défendre son identité, sa langue, sa culture. Aujourd’hui, la Corée du Sud est l’un des pays les plus dynamiques au monde, tandis que la Corée du Nord reste un territoire de souffrance et de questions ouvertes.
Comprendre cette histoire longue, complexe, parfois violente, est indispensable pour saisir la profondeur de sa modernité – et toute la charge émotionnelle que l’on retrouve dans ses films, ses séries et ses artistes. Ce texte pose les grandes lignes. Si vous souhaitez, voir cette histoire se dérouler sous vos yeux, avec une frise chronologique, des cartes et des exemples de dramas et de films pour chaque époque, je vous invite à découvrir le deuxième volet :
« Frise chronologique de l’histoire de la Corée (avec cartes et K-dramas) ». #CoreePassion #HistoireDeLaCoree #CoreeDuSud #KoreaHistory #KoreanCulture #Seoul #PatrimoineCoreen #TemplesCoreens #Gyeongju #Goryeo #Joseon




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